CAMINADE
De Hiroshima et Nagasaki,
Ces photographies en noir et blanc, réalisées dans les villes d’Hiroshima et Nagasaki lors des cérémonies commémorant le 70ᵉ anniversaire des bombardements atomiques, dépasse le simple témoignage historique. Elle explore, à travers des cadrages épurés et des scènes du quotidien, les tensions entre mémoire et oubli, présence et absence, trauma et résilience.
En choisissant de montrer des scènes banales plutôt que des foules en deuil, ces photographies interrogent, comme le suggérait Susan Sontag, la manière dont l’image peut à la fois révéler et voiler l’horreur. Le tramway en mouvement, la station déserte, ou l’homme contemplant la ville depuis une fenêtre intègrent le trauma dans le quotidien, posant une question cruciale : comment le passé persiste-t-il dans l’ordinaire ? Et comment l’ordinaire, en retour, devient-il le support d’une mémoire collective ?
Ces images élargissent aussi la notion de "lieux de mémoire" (Pierre Nora) en montrant que la mémoire ne se limite pas aux monuments officiels, mais imprègne des espaces en apparence anodins : un couloir, une rue, une vitre reflétant la ville. Chaque détail — une ombre, un reflet, une affiche — devient un marqueur informel de l’histoire, suggérant que le passé ne se limite pas à des sites désignés, mais qu’il habite l’ensemble de l’espace urbain.
Enfin, ces images montrent que la mémoire est une pratique active (Ariella Azoulay), reconstruite sans cesse à travers nos interactions avec l’espace et les objets. Les gestes capturés — une main posée sur une rambarde, un regard tourné vers l’extérieur — rappellent que se souvenir, c’est aussi agir, interagir avec ce qui nous entoure. La photographie devient ainsi un outil qui engage le spectateur dans un dialogue avec l’histoire, transformant la commémoration en une expérience à la fois personnelle et collective.
En définitive, cette série offre une méditation visuelle sur la mémoire, où chaque image devient une invitation à interroger notre rapport au passé. En jouant sur l’absence, le silence et la banalité du quotidien, elle rappelle que la mémoire ne se limite pas aux grands récits, mais se construit aussi dans les interstices de la vie urbaine, dans les gestes les plus simples, et dans les espaces que nous traversons sans toujours en saisir la charge symbolique.