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l’Île
2023
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Paris  suite _01

Le regard glisse, heurte, s’accroche : grilles, plaques, flaques, corps fatigués, restes figés dans la neige sale. Rien ne s’offre pleinement. Tout résiste. Le désenchantement n’est pas un thème, mais une matière — il affleure dans les contrastes violents, dans les noirs qui avalent les formes, dans les traces plus que dans les présences.

Ici, le regard n’est jamais stable. Il est mobile, inquiet, toujours déjà en train de cadrer pour ne pas sombrer dans l’indifférencié. Le cadre n’est pas une limite fixe, mais un processus : une décision prise en marchant, une coupe dans le réel, un geste de survie perceptive. Chaque image est une halte provisoire dans le flux urbain, un fragment arraché au continu de la traversée.

Le regard mobile ne cherche pas à comprendre Paris, mais à l’endurer. Il capte ce qui reste quand le sens se retire : des surfaces usées, des corps pliés, des signes sans promesse. Photographier devient alors un acte de maintien — tenir le monde à distance juste assez pour le voir, juste assez pour continuer à avancer.